30 juin 2016

Rencontre avec Marianne Ratier

Artiste

Bonjour Marianne, peux-tu dire à quoi tu dois le fait d’être devenu une artiste ?

Ma maman était institutrice en maternelle, j’ai pu profiter de son initiation à la lecture et des contes que j’allais écouter à la bibliothèque tous les mercredis avec elle.

Du coup, petite fille, je voulais faire des livres pour enfants et vers 8 ans je créais des BD et des mini-histoires illustrées sur mes petits carnets de vacances : des catastrophes sur le père-Noël, des animaux aux pouvoirs très spéciaux etc.

Mon papa était financier mais cela ne l’a pas empêché d’être mélomane et de suivre de près mon initiation à la guitare classique que j’ai interrompue après l’adolescence pour entamer mes études de lettre, puis d’arts appliqués. J’ai ensuite travaillé quelques temps dans la publicité pour Publicis puis un jour, j’ai tout arrêté et ai osé faire ce dont j ‘avais vraiment envie : du dessin !

Comment es-tu passé à une pratique «professionnelle » du dessin ?

J’ai eu beaucoup de chance. Mon projet de fin d’études était un  livre « Fin décembre » et l’un de mes professeurs de dessin m’a poussé à trouver un éditeur. Six mois plus tard, il sortait aux éditions Carabas, lorsque je travaillais encore en agence. C’est l’engouement de la presse pour ce projet qui m’a poussé à tenter ma chance en solo.

 

Quels sont les artistes ou auteurs qui t’ont inspiré quand tu étais enfant ?

Un atelier d’initiation à la peinture de Jean Dubuffet m’a marqué très jeune, malgré le fait que ce ne soit pas l’art le plus accessible pour les enfants ! Puis, mon enfance a été bercée par les lectures et illustrations de Tomy Ungerer (Les Trois  Brigands, Le géant de Zéralda), les albums du Père Castor (Boucle d’Or et les trois ours, Roule galette, La petite poule rousse) et les livres magiques de Ernest et Célestine de l’illustratrice Gabrielle Vincent.

Ta chambre d’enfant avait-elle des tableaux aux murs? 

Oui, j’avais une affiche étrange de l’école des loisirs, un Monsieur avec un papillon à la place de la tête. Je l’ai gardée dans ma chambre jusqu’à 10-12 ans et je suis triste de l’avoir perdue lors d’un déménagement car je m’étais attachée à sa présence surréaliste.

Aussi, j’avais un poster de gamins dans les rues de Paris de Robert Doisneau. C’est le souvenir d’une exposition sur le photographe pendant laquelle mon père me raconta ses souvenirs d’enfance. Quand je la regardais, c’était mon père enfant que je voyais.

Tu n’es pas spécialisée dans le secteur de l’enfant et pourtant, ton travail en est souvent à la frontière.

Je suis une grande nostalgique, en règle générale et j’adore l’univers de l’enfance. Quand je crée, je m’inspire de mes souvenirs d’enfance et surtout du regard que je portais sur les choses. Rien n’était impossible, les enfants ont une logique bien à eux, qui est très drôle.

J’ai travaillé avec des marques enfants dont Quenotte qui s’inspire des enfants d’autrefois. Les enfants ayant de l’imagination et un sens de l’observation très poussé, cela me plait d’imaginer un univers surréaliste et plein de petits détails pour eux.

 

Les animaux sont très présents dans tes créations, pourquoi?

La première chose que j’ai dessinée petite, c’était un poney, j’étais si fière d’avoir compris comment le dessiner que je refaisais toujours le même. Heureusement, j’ai tenté d’autres expériences par la suite ! J’adore dessiner les fourrures, les poils et saisir les expressions humaines qu’ils peuvent avoir.

Quelles-sont les techniques et outils que tu utilises lorsque tu crées tes illustrations ?

Je travaille de manière plutôt traditionnelle : je dessine sur papier, je scan et pose mes couleurs sur ordinateur. À un moment, je travaillais beaucoup avec du stylo à bille que je grattais et que j’utilisais comme un crayon assez léger. J’aime bien utiliser des pointes très fines ; critérium pour la mine de plomb, ou des stylos comme les Rotring pour l’encre. Globalement, je travaille assez lentement, j’ai besoin de faire murir les projets. Je me documente beaucoup. Il m’arrive de dessiner d’après photo dans le cadre de portraits par exemple. Mais si l’on prend quelque chose de plus personnel, comme la biche de « Trophées de chasse » pour Les Petits Collectionneurs, je vais aller chercher des choses sur les robes, les têtes d’animaux, m’inspirer des daguerréotypes, et composer avec tout cela.

 

Aujourd’hui, où travailles-tu ? Et au delà de tes commandes, arrives-tu à réaliser des projets personnels ?

Je loue des bureaux dans l’agence de création Sid Lee depuis 2010, période à laquelle les commandes ont commencé à devenir un peu plus régulières. J’ai travaillé pour la mode (la marque Homecore, Le Mont St Michel, Kitsuné), la food (La Comtesse du Bary et exposition au restaurant Barber Shop autour du raton laveur), la presse (Papier Maché, Cosmopolitain, Marie-Claire, Milk) et très vite j’ai réalisé un livre jeunesse. J’ai été contacté par l’auteure Stéphanie Bonvicini qui m’a proposé d’illustrer ce conte philosophique qui s’appelle « La Petite Taiseuse » aux éditions Naïve, 2010, qui a d’ailleurs obtenu le Prix Sorcières, un prix de l’édition jeunesse.

J’ai également réalisé un autre album jeunesse, « Le Festin de Raccoon » aux éditions Marmaille en 2014, qui est issu d’une exposition donnée dans un restaurant, le Barbershop (Paris 11°).

Quel projet t’anime en ce moment ?

Je viens de signer un livre pour enfants avec Thomas Fersen, aux éditons Marmaille. Lui se charge du texte, et moi des illustrations.

Pour ce projet, je dois réaliser une quinzaine de planches de dessins qui illustreront l’histoire d’une valise, autour de la chanson « Germaine ».

Tu es devenue maman d’un petit Arsène qui a 21 mois, l’art a t’il un rôle à la maison ?

Comme mes parents ont fait pour moi, j’aimerais lui donner quelques clés dont il fera ce qu’il voudra plus tard. Malgré son jeune âge, Arsène a déjà une belle collection de livres que je choisis avec soin (j’en avais déjà pas mal avant sa naissance), d’un point de vue graphique comme littéraire, et que je lui lis le soir et les week-ends avec beaucoup de plaisir. J’essaie aussi de le préserver au maximum des écrans et de privilégier le rapport aux images sur papier.

Crédit photos : Lorraine Creaser

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