30 juin 2016

Rencontre avec Jessica Das

Artiste

Bonjour Jessica, peux-tu nous parler de ton enfance et dire à quoi tu dois le fait d’être devenu une artiste ?

Étant fille unique, pour tromper l’ennui, j’ai dû cultiver un monde intérieur riche et suffisamment divertissant! On ne s’ennuie jamais lorsqu’on dessine. On peut toujours repartir à zéro et tout réinventer.

Et j’ai grandi dans une famille cinéphile, et très vite j’ai éprouvé un grand intérêt pour les images et les histoires.

 

Quels sont les artistes ou auteurs qui t’ont inspiré quand tu étais enfant ?

J’étais totalement absorbée par la télé. J’étais une vraie éponge – et je le suis sans doute toujours un peu : dessins animés, émissions débiles, films… J’étais super fan de comédies musicales comme Le magicien d’Oz,  ou Le livre de la jungle de Disney.

Quant aux lectures qui m’ont marquées ce sont des classiques de la littérature jeunesse américaine comme les fables farfelues du Dr Seuss (The Grinch, The Lorax) et aussi les recueils de poèmes décalés et pinçants de Shel Silverstein (Where the sidewalk ends)

As-tu été marquée enfant par une image ou un tableau ? Qui ai joué un rôle important plus tard ?

Lorsque j’étais enfant, nous vivions à Los Angeles, et ma mère avait accroché dans le salon une reproduction du Baiser de l’Hôtel de ville, une photo en noir et blanc de Robert Doisneau. J’ai longtemps cru qu’en France tout était en noir et blanc…je n’avais pas totalement tort car en fin de compte, Paris c’est souvent gris!

Je me demande toujours pourquoi le noir et blanc en photographie est encore souvent considérée comme étant plus chic ou plus esthétique. Peut être que ça donne un côté hors du temps et du réel au sujet que l’on photographie. Mais pour moi la couleur est bien trop importante, j’ai beaucoup de mal à m’en passer.

 

Petite, que voulais-tu devenir ?

Sirène, puis Spice girl, et puis au final dessinatrice !

« Ronron », « Cat Island », « Miaoupiou », tu affiches une prédilection très présente pour les chats… pourquoi ?

C’est vrai, j’aime beaucoup les animaux, les couleurs vives et la rondeur, et c’est généralement associé à l’enfance, mais je pense que ça parle aussi aux adultes! Il se trouve que je vis avec un chat, c’est une muse très amusante, et une source d’inspiration inépuisable! Si je vivais avec un mec bodybuildé, je dessinerais certainement beaucoup de mecs bodybuildés! 

 

Tu as quitté la douce chaleur Californienne pour résider maintenant à Paris, est-ce sous le choc climatique que tu as développé un univers très coloré, vivant, où palmiers, pink flamingos et chats se côtoient ?

J’ai vécu à L.A. jusqu’à l’âge de 7 ans, puis nous nous sommes installés dans la région Parisienne. La Californie sera toujours pour moi cette parenthèse lumineuse, celle de la petite enfance. La joie de vivre que l’on peut ressentir dans mes dessins, je la puise certainement là. Cette enfance américaine, c’est comme un paradis perdu que j’essaye de retrouver dès que je peux.

Quand tu as du temps libre, quel est ton passe temps favori à Paris ?

J’aime bien marcher dans la ville, c’est agréable de s’y perdre. Paris est une très belle ville! J’adore trainer dans les musées, j’ai souvent des révélations, des coup de foudres, des moments d’extase. C’est quasi mystique! Rien de tel que de voir une oeuvre en vrai, et de sentir son aura. Et tout d’un coup, on se sent comme étant intime avec l’artiste. C’est génial comme sensation! J’aime beaucoup aller au cinéma aussi, si je le pouvais, je passerais ma vie dans une salle obscure.

Peux-tu nous parler de ton parcours, tu as étudié l’animation et a rapidement décidé de développer ton style illustratif ?

Je partage toujours mon temps entre l’animation et l’illustration. Je pense avoir trouvé un bon équilibre. Le travail au sein d’une équipe d’animation demande une certaine rigueur, rapidité d’exécution et une bonne dose d’adaptation. Les équipes se renouvellent souvent, cela permet de rencontrer plein de nouvelles têtes! Et quand je reviens à l’illustration, j’aime bien me retrouver dans ma bulle. Mon rapport avec l’illustration est plus introspectif, en évolution constante…au final je ne sais jamais très bien ce que ça va donner! Et c’est ça qui est intéressant!

Quelles sont les techniques et outils que tu utilises lorsque tu crées tes images ?

Je travaille beaucoup sur photoshop, mais je commence à en avoir un peu marre d’être assise derrière l’écran d’ordi toute la journée. Quand je ne suis pas trop pressée par le temps, j’aime bien explorer d’autres techniques comme le dessin au feutre, le collage, la gravure….

 

Peux-tu nous parler de ton processus créatif, par quoi commences-tu ? Comment évoluent tes images ?

Il n’y a pas trop de règles. J’aime bien ne rien faire du tout au début… je laisse mijoter un bon bout de temps. Mais une fois lancée, j’y vais à fond, et rien ne m’arrête!

 

Quels sont les autres artistes qui t’inspirent ?

La touche de Matisse, l’élégance de Cocteau, les chaussettes à paillettes de Michael Jackson, la plume de F. Scott Fiztgerald, les couleurs de Mary Blair, le bégaiement de Woody Allen, la coupe au bol d’Agnès Varda, les yeux de biche Leonardo DiCaprio, les jambes de Gene Kelly et bien d’autres encore!

 

Où vas-tu, que fais-tu lorsque tu as besoin de trouver des sources d’inspiration ?

Le voyage c’est la meilleure façon de se ressourcer!  On en revient plus riche en idées et en images. Et si c’est au soleil, au bord de l’eau, dans un pays qui ne parle pas la même langue que vous, c’est encore mieux! Sinon, il y a internet… 🙂

T’intéresses-tu à une autre forme d’expression artistique? 

J’aurais adoré faire de la musique et être une pop star mais je suis beaucoup trop timide!

 

Quel projet t’anime en ce moment ? 

Je suis en train de préparer ma deuxième expo, cette fois à Paris, à la SLOW galerie. Je viens tout juste de m’y mettre, et au début j’ai tendance à partir dans tout les sens, d’envisager toutes sortes de techniques, et d’extravagances! Pour le moment, ce que je peux dire, c’est que ça s’annonce coloré, animalier et engagé!

 

Pour toi, l’art est-il un cadeau qui a un impact positif sur ta vie ?

Oui bien sûr! Pour moi, l’art est partout, totalement indissociable de nos vies.

 

Quel est le plus gros challenge que tu aies rencontré ?

Je crois que le plus gros défi des métiers artistiques c’est trouver une façon de gagner sa vie, tout en gardant sa liberté et la possibilité de pouvoir se renouveler et se surprendre. Les gens ont tendance à coller des étiquettes sur tout, c’est assez pénible, il ne faut pas se laisser enfermer!

 

Travailles-tu avec d’autres artistes ? Qu’est-ce que cela t’apporte t’il ?

De temps à autre, avec les copains du collectif FIOULE, on s’amuse à faire du dessin sous contrainte, un peu comme l’OuLiPo (Ouvroir de littérature potentielle) ou l’OuBaPo (Ouvroir de Bande Dessinée Potentielle).

Je rêve de trouver un auteur avec qui ça pourrait vraiment coller et créer une oeuvre commune sur le long terme, un peu comme la collaboration entre Roal Dahl et Quentin Blake, qui fut l’illustrateur de quasi tous les livres de Roal Dahl.

Peux-tu décrire ton espace de travail et ce qu’il y a autour de toi ?

Je travaille un peu partout. Chez moi, à l’atelier, dans des studio d’animation. Au final, je n’ai pas de rapport fusionnel avec mon lieu de travail. Je m’adapte facilement!

 

Raconte nous une journée typique au travail ?

J’ai un peu de mal à démarrer le matin. Je ne suis pas du soir non plus…Je crois que je suis une fille de l’après-midi! Je n’ai pas vraiment de journée type, ni de rituels. Ca dépend vraiment de la nature et de la quantité de travail que j’ai à faire, et si c’est urgent ou non !

Crédit photos : Lorraine Creaser

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