30 juin 2016

Rencontre avec Claire Meinhard

Artiste

Bonjour Claire, merci de nous avoir ouvert les portes de l’atelier des Arts Déco où tu étudies à Paris. Tout d’abord, peux-tu nous parler de ton enfance, avais-tu déjà un attrait pour le dessin ?

Depuis toute petite, j’adore dessiner et regarder. Dans les petites classes, j’adorais illustrer les histoires de mes copines, et je me suis dit que j’adorerais faire ça toute ma vie. J’ai été très marquée par tous les ouvrages de l’école des loisirs, qui a marqué mon enfance mais aussi et surtout le fameux livre de la Grenouille à Grande Bouche. De ce livre, je garde l’attrait pour la personnalisation des animaux et les chutes humoristiques. J’ai aussi des souvenirs de gravures de Gustave Doré, ses illustrations sont omniprésentes dans ma région et bien sur follement intéressantes, notamment encore sur la question de l’animal.

On sous estime je pense la culture graphique des enfants, mes systèmes graphiques et mon attrait pour le monde de l’illustration se ressentent quand on regarde mes lectures de jeunesse.

Aujourd’hui, tu es étudiante en « image imprimée » aux Arts Déco, un cursus qui a la vocation de vous former en tant que « concepteurs, créateurs d’images avec comme base le dessin »  et qui vous initie aux pratiques d’impressions telles que la gravure, la lithographie, la sérigraphie etc. Quelle technique as-tu préféré pratiquer ?

J’ai eu la chance d’être prise aux Arts Déco après mon bac, j’ai vraiment grandi dans cette école, et ma pratique artistique a gagné en exigence. Dans mon secteur, l’Image Imprimée, on nous enseigne la pratique du livre et de l’impression au sens large. Les ateliers et les techniques qui nous sont offerts sont larges, et souvent, nous affectionnons une technique plus particulière, pour moi c’est la sérigraphie. J’aime l’idée d’avoir une illustration multiple qui sera toujours unique dans une impression à la main, j’aime aussi la diversité des couleurs que l’on peut rendre. Contrairement aux autres impressions en général, la sérigraphie nous permet d’avoir des couleurs vraiment éclatante, mais aussi du fluo, du doré… C’est un peu magique à chaque illustration !

Tu viens de recevoir ta première consécration en devenant l’un des vingt « Jeunes Talents » au Festival de la BD d’Angoulême, quelle est ta réaction?

Angoulême est un rendez-vous assez incontournable autour de la BD, et c’était bien sur un plaisir immense d’être invitée au festival grâce à mes planches. Le concours Jeunes Talents m’a permis d’avoir une visibilité inouïe sur un festival international, et c’est beaucoup de fierté que de voir son travail au milieu de grands artistes.

 

Et pourtant, la bande dessinée n’est pas ton domaine de prédilection ?

En effet, mais j’aime à penser que tous les arts graphiques se répondent et peuvent apprendre les uns des autres. C’est comme ça que les pratiques évolueront et s’enrichiront selon moi.

C’est d’ailleurs ce que j’aimerais pour mon grand projet de diplôme d’année prochaine, un joli projet qui me corresponde, qui puisse être à la croisée des disciplines sans vraiment se demander dans quelle case ce projet pourra rentrer… La vraie liberté !

 

Une fois diplômée, comment vois-tu la suite de ton parcours ?

J’envisagerais l’illustration, jeunesse peut être. J’aime me dire que les projets qui s’ouvriront à moi seront ceux qui me correspondront le mieux.

Peux-tu nous parler de ton processus créatif, par quoi commences-tu ? Puis comment évoluent tes images ?

J’utilise principalement la risographie, la sérigraphie et le crayon pour mes illustrations. Certaines de ces techniques peuvent s’entre-croiser ce qui rend la pratique encore plus intéressantes. Je commence en général par un crayonné dans mon carnet, qui me permet d’avoir une vision d’ensemble du projet, peu importe l’envergure de celui-ci. Que ce soit un livre ou une seule illustration, j’ai besoin de la voir dans son ensemble avant de commencer. J’adapte ensuite ce dessin à la technique que je souhaite utiliser, celle qui correspondra le mieux à ce que je veux dire avec ce dessin. Si je décide de le faire une risographie, je travaillerais sur photoshop mon illustration en séparant les couleurs, si je veux ce dessin en sérigraphie, je le redessine généralement sur du calque pour ce qu’on appelle des typons manuels, et si je veux ce dessin au crayon, rien de puis simple, je prend mes crayons !

Et l’inspiration, comment vient-elle ?

Je n’ai pas de réels trucs pour m’inspirer, j’ai appris à comprendre qu’il y avait des jours sans ; mais j’aime beaucoup en parler avec mes amis en terrasse, ils sont souvent de bon conseil.

 

T’intéresses-tu à une autre forme d’expression artistique? Pourquoi ?

J’aime beaucoup la musique, que j’ai beaucoup pratiqué étant petite. Cet intérêt est omniprésent dans mes illustrations, je suis incapable de dessiner sans musique. Les rythmes dictent forcement un peu ce que l’on fait sur papier.

 

Quel projet t’anime en ce moment ? 

Je travaille sur un livre qui doit être bouclé pour juin 2017. Il y aura beaucoup de couleurs, beaucoup d’animaux, mais c’est encore secret !

 

Pour toi, l’art est-il un cadeau qui a un impact positif sur ta vie ?

J’ai du mal à mesurer l’impact car j’ai toujours imaginé ma vie avec le dessin.. Une chose est sure, le dessin me permet d’évoluer et de faire de sacrés travaux d’introspection, seule face à mon bureau! Les illustrations sont de beaux miroirs de nos personnalités.

Peux-tu nous dire pourquoi les animaux sont très présents dans tes oeuvres  ? 

Je pense que ce sujet vient pour beaucoup de mes lectures de jeunesse, mais aussi parce que j’aime beaucoup les animaux. Je trouve qu’il y a une variété de formes et de couleurs dans le règne animal quasiment infini (j’avoue avoir un petit faible pour les oiseaux), je ne m’ennuie jamais en les dessinant.. D’autant que je prend souvent des libertés, on se demande parfois de quel animal il peut s’agir. Je fais des métissages improbables !

 

Travailles-tu avec d’autres artistes ? Qu’est-ce que cela t’apporte t’il ? 

Les personnes avec qui j’ai pu collaborer sont d’abord des copains avant d’être sur un projet avec moi. Je crois beaucoup au fait que l’on ressemble à ce que l’on dessine dans des pratiques comme l’illustration ou le graphisme, alors si je m’entend bien avec quelqu’un, il y a des chances que tout se passe bien graphiquement lorsqu’on collabore. C’est un exercice compliqué pour moi car j’ai toujours envisagé l’illustration comme un pratique relativement solitaire, mais c’est toujours une expérience enrichissante en tout point, humain et artistique.

Crédit photos : Lorraine Creaser

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